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Bourse de Commerce Pinault Collection Arte Povera

Dans les vastes galeries de la Bourse de Commerce, un souffle inédit traverse les espaces : celui de l’Arte Povera, mouvement artistique italien né à la fin des années 1960, aujourd’hui réinterprété à travers une exposition monumentale. Treize artistes emblématiques sont exposés, et plus de 250 œuvres, dont cinquante font déjà partie de la collection Pinault, sont orchestrées en une chorégraphie immersive et poétique. On aura rarement vu une exposition d’une telle ampleur consacrée à l’Arte povera, dans le cadre élégant de la Bourse de Commerce. Le banal devient extraordinaire, la matière brute dévoile une profondeur spirituelle.

Un mouvement contre le consumérisme
L’Arte Povera, littéralement ” art pauvre “, s’érigeait comme une réponse provocatrice à l’industrialisation galopante et au consumérisme effréné de l’Italie d’après-guerre. Germano Celant, critique et théoricien du mouvement, décrivait ces artistes comme des alchimistes de la matière, explorant la nature, les flux d’énergie et les métamorphoses physiques. À travers des matériaux humbles – bois, plomb, terre – et des gestes simples, les œuvres renversent les codes traditionnels de l’art occidental, privilégiant l’expérience à la représentation.

Dans la Rotonde se déploie une vision collective des 13 artistes majeurs dont les œuvres, posées au sol, incarnent le principe d’horizontalité, tandis que plane ” la Macchia ” (la tâche) de Gilberto Zorio suspendue en l’air. Le dispositif reprend celui de l’espace d’art indépendant Deposito D’Arte Italiana Presente fondé par le galeriste Gian Enzo Sperone en 1967. La lumière, les sons, l’espace, la fluidité des états de la matière : fontaine fumante de d’Ailghiero Boetti ” Autoritratto ” , la glace chez Pier Paolo Calzolari, le plomb d’Emilio Prini.. tout est énergie vibratoire. Une fois cet imaginaire posé, les galeries rayonnantes de la Bourse de Commerce ouvrent un espace à chacun des protagonistes.

Macchia II 1968 Gilberto Zorio
Caoutchouc, cordes Dimensions variables
Une tache noire comme de l’encre flotte à plusieurs mètres du sol. En voie de dispersion ou de rétraction, elle se situe à la convergence de huit cordes. L’ensemble donne l’impression d’une araignée géante couvrant de ses pattes l’entièreté d’un plafond.

Figure de proue de l’Arte Povera, mouvement italien ainsi nommé par le critique Germano Celant en 1967, Gilberto Zorio s’attache par ses œuvres à exprimer l’énergie de la matière. À l’aide de matériaux simples comme le caoutchouc et la corde, il élève la sculpture et le regard, transformant notre perception de l’espace et lui conférant un sens différent. « Ce qui m’a toujours intéressé, […] c’est la tentative de soulever la structure, de la suspendre et de la placer dans les airs, afin d’occuper tout l’espace, y compris l’horizon aérien », révèle-t-il.
L’œuvre Macchia II a été montrée pour la première fois par la Collection Pinault en 2008-2009 à l’occasion de l’exposition « Italics » à Palazzo Grassi à Venise.

Au centre de la Rotonde voisinent au centre une mitrailleuse lourde kaki, un gisant de marbre acéphale, une surface de gazon synthétique sur laquelle repose un tube couvert de glace, deux Vénus nues d’une blancheur neigeuse, une silhouette allongée faite de boules de terre malaxée, des escarpins en fil de cuivre, un très long tube de néon blanc qui jaillit de bottes de paille. Deux troncs d’arbre écorcés sont appuyés contre les murs et de gros lambeaux de mousse écarlate sont suspendus à un portique à la géométrie zigzagante.

Certaines oeuvres sont inclassables, par leur extravagance et l’incongruité des matériaux, du moteur de réfrigérateur au caoutchouc fondu. L’une des plus petites d’entre elles – car elles sont aussi souvent de grande taille – est faite d’une bassine métallique et de deux mots en néon blanc. Ils demandent : « Que Fare ? » C’est Mario Merz qui feint ainsi de s’interroger, en 1968. Que faire ?

Mimesi
Giulio Paolini, Mimesi (Mimèsis), 1975 – 1976. Moulages en plâtre,
deux socles. Pinault Collection.
140 x 40 x 40 cm (chaque) Dimensions totales: 223 x 110 x 90 cm
Deux Vénus en plâtre se font face, avec un léger décalage latéral. Elles sont parfaitement identiques. Quelle est l’originale, quelle est la copie de l’autre ? Comme l’affirme l’artiste, « quand je mets deux moulages identiques d’une même sculpture ancienne l’une en face de l’autre, je ne veux pas recréer ou redécouvrir ces sculptures ; je me concentre la distance qui les sépare. Tel est le cœur d’une œuvre d’art […] : un jeu décoratif plus réel que l’illusion de la vérité ».

Dans les années 1970, Giulio Paolini commence à travailler sur la notion de copie et de double. Le principe de Mimesi est lui-même reproduit dans plusieurs œuvres, souvent inspirées de la statuaire antique. L’artiste explore ici les limites de l’art et de l’œuvre en questionnant la notion d’authenticité.
L’œuvre Mimesi de Giulio Paolini a été présentée pour la première fois en 2006 lors de l’exposition « Where Are We Going? » à Palazzo Grassi.

Luciano Fabro, Io rappresento l’ingombro dell’oggetto nella vanità dell’ideologia. Lo spirato. Dal pieno al vuoto senza soluzione di continuità. Lo spirato (Je représente l’encombrement de l’objet dans la vanité de l’idéologie. Le défunt), 1968 – 1973. Marbre Paonazzo.
Castello di Rivoli Museo d’Arte Contemporanea, (Rivoli-Turin), Collection privée

Fabro s’empare lui aussi d’une sculpture ancienne, celle du Cristo velato (« Christ voilé »), gisant de marbre réalisé par Giuseppe Sanmartino en 1753, remarquable par la délicatesse de son drapé. La sculpture de Fabro, Io rappresento l’ingombro dell’oggetto nella vanità dell’ideologia (Lo spirato) (« Je représente l’en combrement de l’objet dans la vanité de l’idéologie. Le Défunt » 1968 – 1973), est une étude de draperie à partir d’une représentation photographique de l’artiste allongé sous des draps. Par photomontage, l’image de sa tête a été supprimée et seule son empreinte est restée imprimée sur le tissu. Fabro a ensuite effectué un modèle de cette image et demandé à des sculpteurs de marbre de la réaliser. Cette œuvre est un hommage à la finesse d’exécution des tombes médiévales et renaissantes, tout en affirmant la possibilité de créer une sculpture physique, matérielle et chargée d’histoire, à une époque où la dématérialisation est devenue la règle. Lo Spirato célèbre la perception sensuelle de la matière et de l’œuvre, le toucher du spectateur et l’artisanat, tout en louant l’histoire de la sculpture italienne

Alighiero Boetti, Io che prendo il sole a Torino il 19 gennaio 1969 (Moi au soleil à Turin le 19 janvier 1969), 1969.

Cent onze boules de ciment à séchage rapide moulées à la main, pieris rapae. Collection Marco Rossi (Turin).

Mario Merz Mon premier igloo

Gilberto Zorio Untitled
1966
Tubes Dalmine, mousse polyuréthane colorée, corde, tige en caoutchouc noir, tube en aluminium

Michelangelo Pistoletto Terzo Paradizo (Troisième paradis)

Dans la Rotonde, un signe est tracé au sol : celui du Terzo Paradizo (Troisième paradis). Reprend-il cette notion d’infini ?
Dans cette œuvre, j’ai effectivement tracé dans du sable la formule de l’infini. Cependant, elle ne se limite plus à une simple ligne qui se croise pour former deux cercles, mais en devient une qui se croise deux fois pour créer trois cercles. Le cercle central représente un espace vide, un lieu d’attente où des éléments différents, comme le physique et l’immatériel, peuvent se rencontrer. Ce point de convergence ne symbolise pas seulement l’existence, mais aussi la réflexion que nous portons sur cette existence. C’est l’alliance de la physicalité et de la pensée : nous sommes des êtres doubles, à la fois physiques et pensants. À la fin, ce dessin s’évanouit, emporté par le vent qui déplace le sable. J’ai alors immédiatement pris une photo car elle, au moins, demeure. Elle permet de conserver une trace de ce que j’ai créé. La photo reste tandis que l’infini s’évanouit avec le sable.

 

Sources : 

34 commentaires pour “Bourse de Commerce Pinault Collection Arte Povera”

  1. Bonjour Francine
    merci de ce que tu nous partage vraiment extraordinaires tes Photographies une vrai professionnelle tes explications je te souhaite un très bon Week-End et bien sur les deux chats bisous a vous trois DANNNN

  2. Salut,
    En tous les cas si les français vont mal , LA BOURSE va bien elle !
    Le temps est à la pluie et en plus il fait froid .
    Alors dans ces conditions on reste au chaud.
    J’espère que tout va bien par chez vous.
    BONNE JOURNEE

  3. Je ne suis pas très “fan” de ce genre d’exposition et pourtant ma curiosité me conduit le plus souvent à aller voir…

    Tes photos sont admirablement cadrées et le public autour de ces oeuvres contemporaines, est omniprésent.

    Je te souhaite une excellente journée.

  4. Bonjour Francine, elle est magnifique cette rotonde. Les deux statues blanches sont très belles.
    Merci Francine, bonne après-midi, grosses bises, fanfan

  5. On aime ou on n’aime pas mais ça ne laisse pas indifférent. Comme je suis curieuse cette expo me plait. Les statues sont superbes. Très belle journée. Bisous. Flo

  6. Une expo que je découvre et un art surprenant dont je n’avais bizarrement jamais entendu parler. Merci de nous donner tous ces détails et de nous la montrer dans ce cadre particulier de la bourse de commerce parisien. Bisous et une belle journée

  7. coucou Francine moi je trouve que sa doit être beau a voir et a découvrir dans ce cadre magnifique, il pleut depuis hier et ont a des tempèratures plus douces , je te souhaite une belle journée de mardi ,bises

  8. Bonjour Francine
    Une exposition très originale où j’admire surtout ces deux magnifiques statues blanches et ces plafonds remarquables, merci pour ce beau partage.
    Je viens sans faire de bruit, dans ton bel univers de blog, car chez moi il est environ dans les 6 H alors que chez toi il est environ dans les 3 H du mat donc tu dois à cette heure être dans les bras de Morphée et je te souhaite de bien continuer à dormir et de faire de beaux rêves.
    Le soleil chez moi se pointe et commence déjà à chauffer et j’espère que tu auras une belle journée de mardi douce et ensoleillée.
    “Le soleil est le peintre de nos jours, colorant nos vies de mille nuances avec ses pinceaux de lumière.”
    Gros bisous ensoleillés.

  9. Je suis comme Marie des vignes : je ne suis pas fane de cette expo mais j’aime beaucoup les 2 statues.
    Merci pour toutes les explications que j’ai quand même pris le temps de lire.
    Bonne soirée.
    Bises.

  10. Les locaux qui accueillent cette expo sont magnifiques, mais les œuvres exposées, bof….. Je n’aime pas du tout ! Bises. FRANCOISE

  11. Bonsoir Francine
    C’est bizarre, je reçois tous tes nouveaux articles dans mes spams, je ne sais pas pourquoi !
    Je me pose des questions de savoir si c’est moi qui suis réfractaire à l’art moderne ou si l’art moderne n’est pas ce qu’on connait ! Peut-être qu’un jour, j’arriverai à comprendre… ou pas !
    J’espère que tu vas bien
    Passe une très bonne soirée
    Bisous
    @lain

  12. Bonsoir
    On aime ou on n’aime pas, mais le lieu qui abrite cette exposition est remarquable
    Bonne semaine bises

  13. Evidemment…beaucoup de contraste entre la structure et les oeuvres exposées.Mais il faut aussi connaitre l’évolution contemporaine! Arte Povera donc italienne!!!!! Bises

  14. BONJOUR FRANCINE
    franchement un peu perdue des belles Photographies mais d autres buisard mais je te dit
    sincèrement cet Article que tu as réaliser ceci ta pris un bon moment je m en doute merci pour les explications comme d habitudes sous chaque Photo des bisous de ce Lundi soir et tes deux amours chats DANNNN

  15. Bonsoir Francine et bien que d’art différent émanant du même créateur. Je préfère les peintures au plafond et les boules que je vois aux périodes de fêtes, les statues sont sublimes. Heureusement que tu as bien détaillé ces œuvres car je n’aurais pas su expliquer. Merci à toi, bonne soirée bisous et câlins aux minous

  16. Salut,,
    Je ne connaissais pas mais il y a de belles choses à voir.
    Le temps est toujours gris et froid.
    C’est normal vu que l’on est en hiver.
    J’espère que tout va bien pour vous.
    BONNE SEMAINE

  17. Bonjour Francine.
    Je suis imperméable à ce style d’art !
    Concernant les chiots (car la chienne en a amené trois), l’article dit que le premier est décédé mais que les deux autres ont été sauvés.
    ” Tout se passe bien jusqu’à présent. Le traitement du chiot et de son frère se poursuivra encore un peu.”
    Bien plus doux mais gris !
    Gilbert et Bernadette

  18. Je dois dire que je n’aime pas tout et suis interloquée par certaines œuvres mais il en faut pour tous les goûts. Merci pour la découverte très intéressante.
    Bonne semaine Francine, bises !

  19. Une bien étrange expo dont je retiens surtout la beauté de l’édifice qui l’abrite. Ce n’est certes pas le genre d’expo où j’irais mais c’est bien de partager pour tous ceux qui sont loin et découvrent ainsi ce qui se passe dans la capitale. Bisous

  20. Coucou ma Francine,
    Tu nous présentes une expo qui interpelle !
    Merci pour les photos de ces œuvres, mais aussi pour tes explications très instructives.
    Bises et bon début de semaine – Zaza

  21. Bonjour, ah insolite de chez insolite comme concept, après on aime ou pas, merci pour le partage du jour Francine, amitiés, jill

  22. Et bien, heureusement qu’ il y a les deux Vénus, sinon, je ne vois vraiment rien ressemblant à de l’ art !
    Dimanche, j’ ai écouté Frédéric Taddéi présenter un écrivain subjugué par une présentation des tableaux de suzanne Valadon, la spécialiste du nu féminin, et masculin, et qui avait vécu un temps avec Eric Satie !
    à propos de consumérisme, les dirigeants s’en préoccupent en nous taxant de plus en plus !
    Passe une belle semaine
    bisous

    • je ne m’attendais pas à ce que ça te plaise !
      mais c’est de l’art, de ” l’art pauvre ”
      je ne dis pas que j’aime tout loin de là, mais cet art existe

  23. Bonjour Francine je dois dire que je suis complètement imperméable à certaines oeuvres, mais par contre d’autres méritent l’admiration, les deux statues par exemple, que veux-tu j’ai des goûts classiques bisous bon Lundi MTH

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